Lettre à Louis G.

By k — décembre 01, 2013

Cher Louis,

Le mois de novembre étend sur Paris son ciel infiniment gris. Son incessante pluie me rend morne et je ne trouve plus aucun intérêt à ces entrelacs de bruits et de m’as tu vu grotesques.

Est-ce qu’il est possible, vraiment, qu’une histoire d’amour nous fasse sauter d’un pont ?

Dans Paris… c’est un peu comme vivre dans un tourbillon de mondanités marié à l’horreur avec beaucoup de tact et de virtuosité. Une sorte de perpétuelle valse ou la constance du je t’aime moi non plus a quelque chose d’inéluctable; Je ne supporte plus Paris. Alors je m’enferme au cinéma pour y trouver un peu de réflexion, d’humour, d’apostrophes et de sincérité. Je vivrais bien dans un château. Pourquoi pas en Italie, le soleil y est plus carriériste que chez nous paraît-il.

J’ai été voir Un Château en Italie. Et du même coup je t’ai vu dans ton propre rôle. Celui d’un jeune acteur en pleine remise en question.  Ou peut être ne s’agit-il pas d’une mise en abîme mais d’une simple aventure cinématographique dans laquelle ton ex-amoureuse s’est amusée, à travers un scénario touchant, à pimenter votre histoire. Et nous voilà voyeur plus que spectateur. Et oui. Ca ne regarde personne et tout le monde à la fois. Se nourrit-on de votre idylle ou vous jouez-vous de nous de A à Z ? Ca n’est pas là l’essentiel. Soit. Valéria t’écrie et te dirige avec brio dans cette saga familiale ou le tragique est abordé d’une manière habile – quand bien même tout-à-fait absurde – parce qu’on nage dans la tragédie contemporaine.

Et vous êtes au top. Toi, en jeune parisien à côté de la plaque ; Elle, en vieille fille mal habillée. Un duo désassorti comme on en croise régulièrement dans les rues de Paris et qu’il est justement grisant de retrouver au cinéma. C’est simple et…ça suffit. On voudrait pleurer mais on rit et c’est là que réside la force de votre jeu.

Une belle histoire quoi.

Ca faisait longtemps que je ne t’avais pas vu sur la toile. Un été brûlant pour la dernière. Autre épopée italienne avec la fatale Bellucci – décidément – en guise de maitresse.

Elles sont belles tes femmes. Ce sont de vraies femmes. Mûres, avec dans le regard des rivières de souvenirs emmêlés qui semblent vouloir dire « je suis là mais un peu là-bas aussi ». Surtout là-bas en fait.

Assez peu de jeunes gens t’apprécient dans la liesse parisienne actuelle. Ou en tous cas, dans celle que je fréquente. Pour ma part, j’attribue cette frilosité au besoin de se démarquer de l’image de bobo cliché qui s’est inextricablement associée à ton nom. T’apprécier, c’est entrer dans le cinéma d’auteur français. C’est tellement « classe » que ça ne l’est plus et que dire « Louis Garrel ? Ouai non » a pris en valeur. Une sorte d’auto-démarcation de ce que l’on fait de mieux. N’apprécions pas les bonnes choses. Défendons celles qui justement seraient à priori indéfendables. Tu vois le genre ? Bref. Enumérer les points qui font la justesse du cinéma que tu représentes serait bien réducteur.

À travers tous ces rôles à la frontière de, difficile de déceler qui tu es vraiment.  Où est l’acteur, la fiction, où est l’homme ? Où sont les convictions ? Cette façon de s’appeler Louis parce qu’on se joue soi-même ou en partie, cette passerelle de la vie au cinéma semble être une source d’inspiration inépuisable pour toi et les gens brillants qui t’entourent.

L’homme, la femme, le gosse, la poussette ! ça me…j’ai envi de me tuer, tu comprends ou pas ?

Les questions liées à la notion du trio, elles aussi habillent ton univers. Entre The Dreamers, Les chansons d’amour, La règle de trois, j’en passe et des meilleurs, c’est tout le spectre des relations et la complexité des sentiments que tu revisites, au travers de personnages aux caractères ingénus, étourdi. Déchus.

J’imagine voir couler la vie sur les joues des gens qu’on aime.

La famille. Maurice, Claudia, Philippe, Esther, Arthur. La Jalousie.

Le cinéma est pour moi quelque chose qui vous donne le désir de vivre de nouveau confiais-tu en 2012 au French Film Festival de Londres lorsque tu épiloguais, aux côtés de Léa Seydoux, sur ton court métrage Petit Tailleur.

Si le cinéma n’était qu’une question d’identification, tu as raison, il y aurait probablement peu de spectateurs qui souhaiteraient te ressembler. Et pour cause, celui que tu es à l’écran est celui qui persiste à brûler au fond de nous tous. La belle personne. Mais en pas pareil. Un peu perdu, flottant dans un monde bien ancré dans des problématiques qui nous dépassent. Qui veut voir ses démons sur la toile ? Mais qu’importe.

Tu plaisantais en 2007 au festival de Cannes, décrétant ne pas avoir la grandeur et le métier pour te mesurer à de grands monsieur du cinéma comme Tarantino. En lui redonnant pleinement ses lettres de noblesse et en lui insufflant une énergie crue et sans détour, tu incarnes pourtant avec allure le cinéma français. La couleur des chemins que tu prends et la vivacité des projecteurs au dessus de tes choix n’ont finalement que peu d’importance. Tu es, à trente ans, avec une filmographie d’une simplicité froide, une lueur d’espoir pour le 7e art français. Et soudain… Paris paraît petit.

Au plaisir de te contempler dans une petite salle du 5e,

K

PS : Pour répondre à ta question, oui, l’amour à Paris engendre des sauts bien indécents.

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