Le 116 : le nouveau centre d’art contemporain de Montreuil

By nicar — octobre 11, 2013

C’est mercredi prochain, le 16, que verra le jour le nouveau centre d’art contemporain de Montreuil : le 116. Au premier abord, on comprend tout de suite que ce lieu n’est pas comme les autres, constitué d’un pavillon accolé d’une extension à l’architecture très moderne et industrielle, le bâtiment ne passe pas inaperçu !

Situé en plein cœur de la ville, au 116 rue de Paris, celui-ci découle des réflexions qui sont issues des Assises de la Culture. Montreuil se situe comme un vrai bouillon de culture avec plus de 1000 artistes qui y résident et 10 % de ses habitants qui travaillent dans le secteur culturel. Le 116 veut jouer de ce mélange culturel pour se positionner comme un vrai lieu d’expression puisqu’il abritera une équipe de recherche (le quartier général), une médiatrice et des artistes en résidence continuellement.

Pour son ouverture, le centre montre directement le visage qu’a voulu lui donner sa commissaire/directrice Marlène Rigler en accueillant 12 artistes et collectifs dont la moitié vit à Montreuil et l’autre à l’étranger. L’exposition nommée « Singularités partagées, pour une pratique de l’Autre dans l’art contemporain » pose les bases de la structure en mettant le spectateur au centre des expositions. Contrairement aux préjugés que l’on pourrait avoir vis à vis d’un centre d’art contemporain, le 116 ne se veut pas élitiste, il propose au contraire tout un chacun à participer de différentes manières aux œuvres présentées. Les spectateurs seront invités à débattre et échanger sur leur vision des œuvres, la manière dont ils ont vécu leur expérience. La médiation sera réalisée à travers de petits ateliers animés par les artistes, la méditation au 116 passera par le geste artistique !

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Nous avons eu la chance et l’honneur de rencontrer Marlène Rigler pour une visite du centre, elle nous a également parlé des deux projets de longue durée que va accueillir le 116 ainsi que de son travail sur la direction adoptée par le lieu.

Le premier est un projet initié par un jeune artiste kurde de renommée internationale : Ahmot Ögut. Au sein du 116, il initiera la Silent University, projet qu’il mène depuis 2010. Il l’a inauguré à la Tate de Londres puis l’a déjà décliné à Stockholm et plus récemment à Berlin. Le projet propose à des personnes en situation de non-reconnaissance de leur statut ou de leurs compétences par la société, du fait de leur marginalité (réfugiés politiques, immigrés clandestins, personnes qui ne maitrisent pas la langue du pays dans lequel ils résident…), de partager leurs connaissances dans leur niveau de compétences originelles, très diverses et souvent de haut niveau comme dans le droit, la médecine, la calligraphie ou encore la physique. Les « étudiants » de cette université d’un nouveau genre pourront bien évidemment suivre les cours qu’ils souhaitent sans distinction d’âge, d’origine, de langue parlée et le tout gratuitement. Cela permettant à ces « professeurs » de ne pas être exclus de la transmission de savoir malgré leur manque de statut administratif. Pour fonctionner, l’université silencieuse à besoin d’un partenaire Académique (pas encore défini) qui accueillera les cours. Ce partenariat est très important pour le projet puisqu’il permet à celui qui animera le cours d’être valorisé pour ses connaissances réelles, de rencontrer ses paires et de travailler dans les mêmes conditions qu’eux. Marlène Rigler souhaiterait que l’université partenaire soit dans Paris intra-muros. Le deuxième partenaire de ce projet est un partenaire social, c’est le centre social de Montreuil qui a été choisi pour ce rôle. Malgré ce partenariat nécessaire, le projet se veut purement artistique et en aucun cas une action sociale.

Le deuxième projet, appelé le Quartier Général est un groupe de recherche indépendant qui a pour but d’établir des liens durables entre le 116 et la population qui l’entoure. Composé de 9 anciens élèves de la formation « SPEAP – Expérimentation Art et Politique » de Science Po Paris il profite des domaines d’expertise de chacun de ses membres puisqu’il mélange : ethnographie, photographie, sociologie, danse et performance, sciences politiques, sémiologie et géographie. A la frontière entre artistes et chercheurs, les membres du collectif vont à la rencontre des Montreuillois pour les sonder afin de proposer au centre la réalisation de nouveaux projets dans divers domaines. Le premier projet qu’ils ont réalisé sera présenté dès l’ouverture du centre, c’est une installation sonore extérieure. Ils ont également réalisé de manière très originale l’audioguide de l’exposition qui parle notamment de l’histoire du bâtiment. Ce bureau profite pleinement de la pluridisciplinarité de ses membres, il a déjà proposé de nombreux projets qui verront certainement le jour dans les semaines à venir !

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Le centre accueille également un atelier d’artistes qui se veut collaboratif et qui présente un mode de fonctionnement peu conventionnel. Il sera occupé dans un premier temps par l’artiste d’origine Polonaise Jagna Ciuchta. Elle investira l’atelier avec un dispositif d’exposition malléable en polystyrène. Jagna Ciuchta invitera des artistes à modifier son dispositif par tous les moyens qu’ils souhaitent, transformant son propre rôle d’artiste en le rapprochant de celui d’un commissaire d’exposition. Je dois admettre que je suis très curieux de voir le fonctionnement de cette salle puisque celle-ci sera ouverte en permanence au public (dans la limite de 18 personnes en même temps) ce sera certainement l’occasion de découvrir de nouveaux artistes, de nouvelles pratiques artistiques… Une bonne manière aussi d’appréhender l’art contemporain et ses moyens de production.

La semaine prochaine, nous vous parlerons des œuvres qui constituent la première exposition du centre, chacune d’entre elles étant participative, avec des concepts très intéressants. En attendant, notez tout de suite dans votre agenda que l’inauguration de ce lieu atypique ainsi que le vernissage public se déroulera mercredi 16 à partir de 19 heures ! Plein d’ambition et de beaux projets, nous espérons que le 116 deviendra un lieu incontournable de l’art contemporain grâce à sa programmation pointue mais accessible !

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À propos de l'auteur

Co-fondateur de Culturizme, culturellement curieux, parisien d’adoption, photographe à mes heures perdues, gamer insatiable.

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