Exposition Vallotton, une valse de peinture

By Clémence Mayolle — octobre 08, 2013

Vallotton, le feu sous la glace, est l’une des expositions de la rentrée ! Une fois de plus le Grand Palais met le paquet et propose un parcours à travers les oeuvres d’un peintre mal et peu connu. Les membres des équipes de Culturizme, en bons éclaireurs, se sont rendus devant ces toiles examiner la teneur de l’événement !

On avance dans l’exposition comme on parcours le dessin de vie de l’artiste. Le choix sténographique insiste d’abord sur les oeuvres les plus dépourvues de décors, les plus froides en somme. On remarque que la ligne est forte, les visages expriment la dureté et on ressent pour le Vallotton de l’autoportrait à vingt ans ou pour Gertrude Stein peu d’empathie.

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Puis, magie de la scénographie, les décors et couleurs apparaissent, le dessin s’enrichit et les lignes se multiplient et laissent place à l’un des plus beaux moments de l’exposition.

Les perspectives aplaties nous font en effet découvrir des paysages fascinant. Les cartels, pour une fois pas trop mauvais, racontent même que l’artiste peignait la première partie de son tableau debout, puis la seconde assis. Il obtenait donc une perspective ne laissant que peu de place au ciel et remettant en cause la notion d’espace et de volumes. Et en effet, lorsque l’on regarde les premiers paysages, on une impression de grandeur, en même temps un étrange sentiment d’irréalité, d’écrasement. Ces toiles ne laissent pas indifférent, surtout Coucher de soleil, mer haute gris-bleu  qui irradie la salle.

Plus loin c’est Refoulement et mensonge qui attire, cette partie à le titre d’un bouquin de Tolstoï ou d’un séminaire de psychiatrie, au choix, et nous laisse voir des saynètes de vie. Véritables vaudevilles picturaux ces toiles de petites tailles nous racontent les moments où la tension est à son apogée, on sait que dans le récit, l’action qui succède aux moment décrit par la peinture est susceptible de faire naître un drame ou un heureux événement. On croirait les arrêts sur image du cinéma muet de l’époque. Chaque personnage est a la protase de sa vie, à quelques secondes de découvrir le secret d’un mari infidèle, la confidence d’un amant ou les conversations de derrière la porte. D’un point de vue pictural, Vallotton décrit ici les intérieurs bourgeois du XIX ème siècle, met l’accent sur le geste et place le décor au même niveau que le personnage. Nabis au plus profond de lui, il insiste sur la valeur des éléments qui entourent l’histoire pour enrichir celle-ci d’arts décoratifs presque caricaturaux.

Dans Un Regard Photographique, le Grand Palais a eu la bonne idée d’exposer à côté de ses toiles des reproductions des photos de Vallotton, un bon moyen de comprendre la manière de travailler de l’artiste. Et c’est fascinant, on sent l’époque dans la peinture de Vallotton, on sait que la photographie influence l’artiste, dans son cadrage, son instantanéité et dans ses sujets. C’est Le Ballon qui attire l’attention, le fameux tableau montre la volonté d’une époque de représenter le mouvement, ses lignes et plus tard sa célérité.

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On termine l’exposition par des salles plus difficiles à appréhender, voire décevantes, les salles de trop, une habitude Rmn. Le Double Féminin donne à voir un érotisme glacé à la mise en scène brute et aux messages sombres. Vallotton a peint les femmes toute sa vie et quelques soient les époques, les angles et les messages, elles semblent être la même femme : dure, sèche et masculine. Les Mythologies Modernes quand à elles interpellent par la modernité et à la fois le classicisme des messages tout en ajoutant une note d’humour.

Malgré ces deux petites notes, Vallotton le Feu sous la Glace est une bonne surprise, l’occasion de rencontrer un artiste dans l’étendue de sa palette ! Le choix d’une exposition thématique permet l’exploration de nombreuses facettes tout en ne multipliant pas les propositions. On regrette tout de même le rouge agressif des murs d’une partie de l’exposition, choix très Cogevalien, le commissaire a fait le même ravalement à Orsay, mais choix fatiguant déservant même le génie chromatique du peintre.

Ceci dit, alors que l’exposition d’à côté sur Braque est une nouvelle fois impraticable pour cause de sur-fréquentation, courrez voir du Vallotton, c’est bon pour les yeux, pour l’esprit, c’est bon pour l’automne !

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