Les origamis de Mademoiselle Maurice

By nicar — août 19, 2013

Début août, nous avons eu la chance de rencontrer la street artist la plus poétique de la capitale! C’est Mademoiselle Maurice qui entre deux expéditions à accepter de répondre à nos questions. Pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore, ces installations à base d’origamis sont facilement reconnaissables!

Culturizme : Quand as-tu commencé le street art ?

Mademoiselle Maurice : J’ai commencé le street art quand j’étais au Japon en 2010 avec des installations en ruban. A mon retour en France en mars 2011, j’ai fait mes premières installations en pliage papier sur les murs.

Culturizme : Comment t’es venue l’envie de faire du street art et surtout l’envie d’utiliser principalement les origamis ?

Mademoiselle Maurice : Je suis architecte de formation, mais j’ai toujours eu cette envie de créer, je me suis cherchée pendant des années. Pendant mon voyage au Japon, j’ai vraiment eu deux coups de cœur pour les matériaux que sont le fil et le papier. Je me suis dit que ça pourrait être cool  de travailler des matériaux ultra simples et de les mettre en forme de manière complexe, tout s’est fait petit à petit au retour du Japon. Je n’ai jamais été pro nucléaire, mais la catastrophe de Fukushima m’ayant obligée à rentrer en France, ça m’a poussé à me documenter sur le sujet, l’histoire de Gen d’Hiroshima, le mangaka Japonais qui a vécu Hiroshima quand il était petit. Je me suis également familiarisée avec la légende des milles grues japonaises, l’histoire de Sadako. Mon point de départ était de soutenir les japonais et les victimes du nucléaire à travers mes pliages. Au début je faisais apparaitre les lettres « N » et « O » pour dire non au nucléaire, c’est comme cela que ça a commencé.

Culturizme : Les origamis sont tes travaux les plus reconnaissables, est-ce que tu les considères comme une sorte de signature ? C’est quelque chose que tu souhaites continuer à travailler encore longtemps ?

Mademoiselle Maurice : Oui, bien que je fasse aussi du fil, du ruban et de la broderie, les origamis ont une place particulière dans mon travail. Quand j’ai commencé à en faire, j’ai longtemps cherché à savoir si quelqu’un d’autre en avait déjà fait, il s’avéra que non. Je me considère plus comme une artiste plasticienne qui utilise des pliages papier que comme une artiste de l’origami, j’utilise des formes simples, c’est la répétition et la disposition des origamis qui créent l’œuvre finale. Je pense qu’un jour, j’en aurais assez de faire tous ces pliages, mais pour le moment, j’ai encore envie d’expérimenter plein de choses autour des origamis, avec des feuilles métalliques par exemple!

ZZ1110228Réalisation d’une fresque sur le plafond de la boutique Tudo Bom du Marais à Paris.

Culturizme : Tu as travaillé pour plusieurs marques (T shirt pour Tudo Bom, partenariats avec Post-it…), c’est quelque chose qui t’intéresse au-delà de l’aspect pécunier ? Une sorte de défi ?

Mademoiselle Maurice : Je choisis les marques avec lesquelles je fais des partenariats, je travaille avec celles qui respectent les idées que je défends, j’aime aussi avoir une liberté complète de ce que je fais, je ne compte pas faire n’importe quoi pour de l’argent. A la base de mes installations, il y a un message écologique fort, si des marques qui défendent ce message me proposent des partenariats je suis clairement pour. De plus, je reverse toujours une partie de mes cachets à des associations dont je soutiens l’initiative, une manière pour moi d’apporter ma pierre à l’édifice. J’arrive à vivre correctement de mon art, je n’ai jamais voulu une vie d’opulences avec de grosses voitures ou autre, ce que j’ai me convient, j’espère pouvoir un jour m’acheter une petite maison avec jardin, potager, arbres fruitiers, poules et chèvres et continuer de faire des choses que j’aime. Pour le partenariat avec Post-It, c’était vraiment un défi, un workshop participatif au Palais de Tokyo, j’avais vraiment envie de le relever. J’évite d’utiliser moi-même des post-it mais c’était une façon de lui donner une deuxième vie par le pliage, sans que ce soit consommation > poubelle!

PALAIS-TOKYO-MAURICE-21Œuvre participative au Palais de Tokyo pour Post-It.

Culturizme : Tu as réalisé des installations dans pas mal de pays maintenant, majoritairement en Asie il me semble, comment choisis tu les endroits de tes installations ? La forme de tes installations est prédestinée à chaque fois à un endroit ? Tu fais une sorte de repérage ou tes formes sont prédéfinies et tu cherches un endroit où les disposer ?

Mademoiselle Maurice : L’Asie c’est là où tout a commencé, mais c’est surtout un concours de circonstances. On m’a proposé une collaboration à Hong Kong, quand elle s’est terminée, on a profité d’être sur place pour traverser le Viêtnam, là je pars bientôt à Singapour pour une autre collaboration. Personnellement j’aimerais beaucoup avoir des projets en Amérique du sud, en Afrique noire, je ne suis pas du tout réfractaire à l’idée d’aller ailleurs, c’est plus que j’ai eu des opportunités d’aller en Asie. Il n’y a aucun repérage pour mes installations, je ne fais jamais de croquis sauf pour les commandes privées, si les gens veulent une idée du rendu avant. Quand je fais des installations personnelles, en général je pars avec un sac rempli d’origamis et dès que je trouve un endroit intéressant, je commence à les coller, je marche plutôt en mode freestyle.

Culturizme : De par la nature de tes installations, on ne te pose pas trop de problèmes pendant que tu les réalises ?

Mademoiselle Maurice : Jusqu’à maintenant non, j’utilise du papier recyclé, mes installations ne dégradent pas leur support et je le note en dessous de chacune d’entre elles. Une fois je faisais une fresque près du grand palais, c’était pendant la rétrospective sur Helmut Newton, je préparais l’installation, deux flics sont venus me voir  pour me prévenir que c’était un monument historique, que ça n’était pas possible de faire mon installation dessus et ils m’ont indiqué que je pouvais la faire sans aucun problème sur une palissade de l’autre côté du grand palais. Je fais le tour et me met au travail, en fait la queue pour la rétrospective d’Helmut Newton était telle que tous les gens attendaient devant ma fresque, c’était super, du coup je pourrai presque remercier la police pour cette occasion!

Culturizme : Lors de ton partenariat avec Post-it tu as réalisé une installation participative, c’est quelque chose qui t’intéresse le côté « partage » avec les gens ? Le fait qu’ils prennent part à ton installation ?

Mademoiselle Maurice : Je suis de nature très solitaire, donc au premier abord, je pensais que c’était quelque chose qui ne me plairait pas du tout mais lorsqu’on m’a proposé de faire un workshop pour Post-It, j’ai trouvé les conditions intéressantes. D’ailleurs j’ai renouvelé l’expérience à Angers pour le festival Artaq, les angevins étaient invités à réaliser leurs pliages et à venir les coller sous mes conseils pour la disposition et le rendu final de l’œuvre au niveau de l’escalier. C’est plus de 30000 pliages que nous avons récupéré et donc utilisé pour cette performance. Etant donné que c’était un projet de médiation culturelle, j’avais pas mal de temps en amont pour préparer les installations et j’avais une équipe qui s’occupait de l’organisation, qui apprenait aux gens à faire les pliages… Le partage avec les gens et leur contact m’ont plu, ça m’a fait changer ma vision du travail participatif et puis finalement, une fois le projet terminé, je me suis rendue compte que ce partage me manquait énormément…

 

artaq-27Angers, festival Artaq, réalisation participative

Culturizme : On peut alors imaginer que tu prennes l’initiative de créer toi-même une installation collaborative?

Mademoiselle Maurice : Non quand même pas, je ne me vois pas prendre une initiative comme ça, apprendre aux gens à faire les pliages, je ne me vois pas le faire toute seule. L’organisation serait trop compliquée je pense. Mais je ne serais pas contre un autre projet de cette envergure s’il y a des moyens mis en place et une équipe avec qui faire cela!

Culturizme : Tu as plusieurs projet qui viennent de voir le jour, tu peux nous en parler plus en détail ?

Mademoiselle Maurice : Il y a donc eu le festival ARTAQ à Angers qui était un gros projet …
Et puis j’ai terminé une collaboration avec et pour le conservatoire de musique de la ville d’Apt, pour un concerto de musique classique de Moussorgsky.
Ma Mémé m’a aussi demandé une fresque sur le mur de sa grange de son ancienne ferme, j’en étais honorée et me suis fait un plaisir de lui faire plaisir même si mes couleurs ont eu du mal à rivaliser avec ses centaines de fleurs en pagaille!

Culturizme : Quels sont tes projets en cours ou qui arrivent ?

Mademoiselle Maurice : En ce moment même j’ai une exposition à Rablay sur Layon, dans un village fou, au milieu des vignes, c’est jusqu’à la fin du mois d’aout. J’ai tout donné pour cette expo, des photos, des installations, des sculptures, je te raconte pas l’investissement…
Sinon je me rends donc sous peu à Singapour pour une fresque de 30 m dans un hôpital et puis des expos de prévues à la rentrée à Marseille et près de Paris. Et aussi pleins d’autres projets d’art urbain, pour des commandes et pour le fun! (mais je ne peux pas tout dire pour le moment…)

Culturizme : Pour les personnes qui aiment ton travail, à part sur ton site, on peut trouver un livre ou quelque chose qui récapitule un peu tous tes travaux ?

Mademoiselle Maurice : Malheureusement non, un livre soulagerait clairement mon narcissisme (rires), mais on ne m’a encore jamais proposé d’en réaliser un, ce serait intéressant je pense de pouvoir expliquer aux gens pourquoi j’ai commencé à faire des origamis, pourquoi ce médium me tient à cœur, pourquoi ces compositions, ce que représente pour moi  chacune des formes que je fais apparaitre, comme mon installation d’étoile au Viet Nam etc… Je serais très intéressée si l’occasion se présentait.
Sinon il y a les t-shirts que j’ai réalisé avec Tudo Bom et aussi les œuvres que j’expose dans différentes galeries. Tout cela est un bon moyen de rendre des petites pièces accessibles à tout le monde, et un livre serait encore un meilleur moyen, avec en plus toutes les idées à l’intérieur! Je réalise aussi des cadres qui sont des versions « miniatures » de mes installations extérieures avec des origamis minuscules réalisés à la pince à épiler. J’aimerais avoir plus de temps pour ce genre de réalisations, pour l’instant je prends les opportunités qu’on me propose!

Culturizme : Il me semble que tu n’es pas parisienne d’origine, malgré cela, c’est la ville de tes débuts non ?

Mademoiselle Maurice : Non je ne suis pas parisienne, en fait j’ai commencé les installations d’origamis  à Tokyo, je faisais des petites installations de moulins au bout de baguettes en bois dans les parcs. Mais c’est quand je suis rentrée à Paris que les choses ont vraiment commencé.

ORI-16Fresque dans Paris

Culturizme : Je suis tes travaux depuis un bon moment maintenant, j’ai personnellement l’impression que tu es de moins en moins active dans Paris, c’est une volonté de ta part ? Comment est-ce que tu vois Paris ?

Mademoiselle Maurice : C’est vrai, c’est plus une question de temps, j’ai énormément de projets en dehors de Paris, j’y suis très peu en ce moment, je repars bientôt. Malgré tout, j’aime beaucoup Paris, pour moi c’est un musée à ciel ouvert, l’architecture est magnifique, je comprends pourquoi c’est la ville la plus visitée par les touristes. J’adore les quartiers comme Pigalle, Montmartre qui représentent pour moi le Paris d’Amélie Poulain, le vieux Paris, le vrai! J’aime aussi beaucoup les quais de Seine ou les alentours du Palais de Tokyo. Après, Paris, c’est la ville, le béton et le bitume, du coup ce n’est pas assez vert pour moi. A propos de mon activité dans paris, mes installations sont finalement peu visibles car très éphémères. Quand j’ai commencé, je laissais mes installations vivre, puis petit à petit, je me suis rendue compte que les voir se dégrader en fonction des conditions météo et des envies des passants de prendre un ou plusieurs origamis, ça ne me plaisait pas trop parce que finalement ça ne ressemblait plus à rien quand il ne restait que 10 pauvres pliages qui se courent après. Maintenant, je fais mon installation, ce qui me prend en général plusieurs heures, je la laisse un moment et je la défais ensuite, ce qui me permets aussi d’avoir pas mal d’origamis réutilisables. J’aime aussi beaucoup voir les gens qui découvrent l’installation. L’installation est vraiment éphémère, c’est un peu le destin qui amène des gens à sa rencontre. Ça prend à contrepied le côté ou maintenant, tout le monde veux tout prendre en photo, tout voir, être partout ; moi, soit on tombe sur mon installation, soit on ne la voit pas… D’un autre côté c’est compliqué, beaucoup de gens me demandent si je peux les prévenir quand je ferais une nouvelle installation mais avec ce côté aléatoire de l’endroit où je les réalise, je ne peux pas prévoir…

Culturizme : Un mot pour la fin ?

Mademoiselle Maurice : Enjoy your life !

Nous tenons à remercier Mademoiselle Maurice pour sa disponibilité ! Et nous lui souhaitons une excellente continuation, vous pouvez retrouver l’intégrale de ses travaux sur son site, sur sa page facebook ou son compte twitter. Nous vous tiendrons évidemment au courant de ses actualités !

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À propos de l'auteur

Co-fondateur de Culturizme, culturellement curieux, parisien d’adoption, photographe à mes heures perdues, gamer insatiable.

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