Rencontre avec Sébastien Lecca, « Du foetus au phallus »

By Anna — juin 20, 2013

Parisiens, vous avez tous remarqué, un jour, un gros bébé dans son placenta peint au sol de certains trottoirs de la ville. Certains d’entre vous ont passé leur chemin, d’autres ont été interloqués par la valeur morale et artistique de ce dessin. Placés à des endroits stratégiques (devant le planning familial) ou selon le simple bon vouloir de l’artiste, ils font désormais partie du paysage de la capitale.

Sébastien Lecca, après avoir travaillé dans le social pendant de longues années, a commencé à s’intéresser à la création en 1991. En 2007, il déguisait les arbres de la place des Fêtes avec ses petits protégés (des enfants atteints de handicap), puis ceux du jardin de l’Elysée lors de la garden party annuelle. D’une idée l’autre, se détachant de tout concept présupposé, il s’est intéressé au thème du fœtus et a commencé à le taguer sur les sols de la ville. Après Paris, il s’est attaqué à Londres et à Berlin, et avec toujours plus d’entrain, il en a moulé de plus petits en plâtre qu’il a collé sur les murs, créant parfois de véritables fleurs foetales. Sébastien Lecca, en hédoniste insouciant, se renouvelle de façon permanente. Il ne cesse de réfléchir à la manière de faire évoluer son projet, désormais appelé « Super Foetus », dans lequel il prône la valeur optimiste et vitale du symbole.

Et dans son processus actif de recherche artistique (et philosophique), l’idée de s’impliquer plus matériellement dans l’univers de la (pro)création, de la naissance de la vie, lui est venue : il allait designer un phallus. Un sexe, un vrai, et comme si ça ne suffisait pas, il allait le mettre au bout de la tour Eiffel. Sébastien Lecca créa alors le premier sextoy à l’allure proprement française, La Tour est Folle.

Nous l’avons rencontré de manière spontanée lors du vernissage de son exposition dans la galerie-libraire Nunc ! intitulée « Du fœtus au phallus ».

Culturiz me : Peux-tu nous parler des œuvres originales présentées ici ? Ont-elles été créées spécialement pour cette exposition ?

Sébastien Lecca : Le projet « Super Foetus » est pluridisciplinaire. Street-art, bijoux, body-painting, tatouages… Je déploie ce projet depuis trois ans et petit à petit, j’arrive à expérimenter plus de médiums comme la sculpture ou l’impression sur t-shirt. Les œuvres que je présente ici n’ont donc pas été créées spécialement pour l’occasion, mais elles expriment une partie du potentiel plastique de ma démarche.

Culturiz me : Quels sont les derniers supports que tu as expérimenté ?

Sébastien Lecca : J’ai réalisé ma toute première mosaïque qui est exposée ici chez Nunc !. Elle représente un fœtus de marbres noir et blanc, dans une technique ancestrale que les Romains utilisaient déjà. J’aimerais tester encore de nouvelles choses, comme faire des fœtus en parterre de fleurs, les sculpter dans des buissons ou les dessiner avec de petits cailloux dans un désert pour qu’on puisse les voir du ciel. J’aimerais aussi améliorer ma technique du pochoir, notamment avec de la peinture phosphorescente. Le projet Super Foetus n’a pas limite de temps, ni de moyens, ni géographique.

Culturiz me : Ton exposition s’intitule « Du fœtus au phallus ». Tu y exposes donc tes créations en atelier ainsi que le sextoy que tu viens de lancer, La Tour est Folle. Ces deux projets font-ils partie de la même démarche artistique ?

Sébastien Lecca : Je me définis comme un touche-à-tout. J’ai une formation d’assistant social et je suis artiste autodidacte. Je ne suis pas formaté, et les thèmes que j’aborde (la procréation et le sexe) sont universels. Dans le fœtus, il y a déjà la question de la sexualité. Et dans cette lignée, j’ai eu l’idée de traiter du sexe de façon plus concrète en créant un sextoy qui détourne la tour Eiffel. Cette question du détournement touche à la fois la Tour et le Foetus, car j’ai utilisé, réutiliserai et je continuerai à jouer du symbole du fœtus dans le maximum de matériaux possibles.

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Le projet de la Tour a évidemment un objectif économique, mais pour moi il est aussi symbolique. Celui de parler, avec beaucoup d’humour, de notre sexualité. A côté de la pornographie, à côté de celui basé sur la culpabilité, il y a le sexe ludique. Les objets phalliques sont produits depuis l’Antiquité et sont à la base d’un processus tout à fait naturel que l’on appelle la masturbation. Elle permet à l’humain de connaître son corps et son plaisir, et a donc un lien intrinsèque avec l’acte reproductif et le fœtus. C’est donc un thème totalement universel, autant que le fœtus qui englobe tant la vie que la mort, l’amour, le sexe et le brassage chromosomique.

Enfin, Super Foetus et La Tour est Folle ont vocation à être propagés, à envahir. La seule différence, ce sont les moyens économiques déployés pour mon sextoy, comme la création d’une entreprise et du merchandising de masse. Mais je ne suis pas le seul artiste à faire appel à de tels moyens industriels. Je pense à Ben et aux briquets Bic, et même, dans une autre mesure, à Keith Haring qui avait créé des produits dérivés de ses œuvres. Je crois qu’il ne faut pas avoir peur de prendre des formes diverses et variées pour propager ses idées.

Culturiz me : Qu’as-tu envie de répondre aux féministes qui te croient anti-IVG et fasciste ?

Sébastien Lecca : Je trouve que ces personnes sont de mauvaise foi car elles ont lu mon site et savent pertinemment que je suis pro-IVG. L’avortement se pratique depuis la nuit des temps et aujourd’hui, on a les moyens merveilleux pour que ça se passe dans les meilleures conditions possibles d’hygiène et de dignité. En propageant ce symbole, quelque part, je participe à la libération du fœtus et à la remise en circulation de cette image ancestrale qui a été souvent galvaudée. C’est exactement comme l’expression « pro-vie », qui à mon sens est très belle, et a été récupérée pour être utilisée à contre sens. S’attacher à des dogmes comme les anti-IVG ou les ultra-féministes le font, empêche l’ouverture d’esprit. A mon avis, ces personnes sont moins « pro-vie » que si elles étaient ouvertes à la vérité des autres. Je rêverais d’une opération marketing pour nous réapproprier les mots « pro-vie » ou « pro-life » ! Nous qui avons soif de liberté, de faire ce que nous voulons de notre vie, de notre sexe, de notre corps, c’est ça, promouvoir la vie !

Nunc! 3, rue d’Arras, 75005, Paris, Ouverte du mercredi au samedi, 12h-19h

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À propos de l'auteur

Etudiante en histoire de l'art exilée dans la capitale, je consigne ici mes trouvailles, mes bons plans d'expos, de ventes, de performances. Passionnée de street art, je vous offre aussi des articles fouillés et des interviews pour mieux faire connaître ceux qui font l'art à Paris. Retrouvez tous mes articles sur http://maintenantlart.blogspot.fr

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