Augustine Kofie

By nicar — juin 04, 2013

Jusqu’au 5 juin, la galerie Openspace présente les travaux du graffeur californien Augustine Kofie dans le cadre de leur cycle sur le graffuturism. L’occasion pour nous de le rencontrer pour lui poser quelques questions et en découvrir un peu plus sur le créateur du « vintage futurist » !

Culturizme : Quand et comment as-tu commencé le graffiti ?

Augustine Kofie : Au milieu des années 80, je faisais du skate comme tous les enfants, les skateurs avaient tous leur tag et j’ai créé le mien aussi pour le fun. J’ai pas mal pratiqué pendant mes années de lycée, mais rien de très sérieux. Après mon bac je m’y suis mis plus sérieusement, j’avais envie de me faire un nom, de construire une véritable identité sur ce nom et de voir où ça allait me mener. Il y a aussi ce spot, le motor yard dans l’ouest de Los Angeles, j’ai vu des graffs là-bas qui m’ont donné envie de m’y mettre, c’est le genre d’endroit ou pour aller graffer il vaut mieux faire partie d’un crew. En 1993 j’ai intégré un crew appelé TPS puis deux ans plus tard un autre appelé UTI (Under The Influence) qui était très connu, pendant deux ans, j’ai graffé avec eux, on était l’un des plus grand crew de Los Angeles de l’époque. Je pense être l’un des seuls à graffer encore. Vers 1998/1999, je me suis dirigé vers un truc pas vraiment abstrait, mais très expérimental avec des lettrages déstructurés, quelque chose de très différent de ce que faisaient les autres du crew, chacun créant un peu son style avec le temps.

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Culturizme : Quelles ont été les personnes qui t’ont inspirées ? Qu’elles sont celles qui t’inspirent aujourd’hui ?

Augustine Kofie : Les personnes qui m’influencent sont essentiellement des artistes du passé, des artistes visionnaires très créatifs qui ont su regarder au-delà du cadre, qui ont expérimenté des choses et qui ont réussi, c’est très inspirant. Notamment les travaux de Richard Diebenkorn, un artiste californien, Syd Mead, un artiste futuriste. Les artistes qui m’inspirent sont ceux qui par leur vision, leur créativité, apportent de nouvelles lignes, ils ont ouvert une voie vers un nouveau public. C’est une super époque pour ce genre d’art! Beaucoup de gens le pratiquent, c’est très progressiste. Parmi les street artistes qui m’inspirent, il y a Jaybo Monk, c’est un de mes graffeurs préférés, il est plutôt figuratif, mais il maitrise la technique et son style fractal est excellent. C’est un vrai artiste à mes yeux. Il y a aussi Money Less, qui travaille de façon très géométrique avec beaucoup de cercles, beaucoup de formes. À chaque fois que je vois un de ces travaux je me dis « woah c’est très bon ». Sinon il y a un mec de mon crew, SKIL, il ne travaille pas des formes géométriques, il a un style beaucoup plus classique mais il utilise un style de lettrage unique et original. Mais il y a aussi beaucoup de gars connus qui font des choses géniales.

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Culturizme : à la base, le graffuturism était un blog, aujourd’hui c’est un mouvement à part entière, est ce que vous vous connaissez tous entre différents acteurs du mouvement ? Vous faites des collaborations ? C’est quelque chose d’organisé ?

Augustine Kofie : Je connais quasiment tout le monde dans le mouvement, pas personnellement mais artistiquement. À travers mes différentes expos, je rencontre les acteurs du mouvement un peu partout dans le monde, en Ecosse, à Londres … Mais effectivement le graffuturism est un blog à la base créé par Poesia en 2010  pour mettre en avant le graffiti abstrait et progressif. Petit à petit c’est devenu un mouvement, mais celui-ci n’est pas très organisé, c’est plus quelque chose qui est à l’origine de la création de nouveaux événements, ce qui nous apporte plus de visibilité, et nous permet d’être classés dans une vraie catégorie, le graffuturism devient un vrai standard. Poesia est le premier à nous avoir mis en avant sur une plateforme dédiée alors que beaucoup d’artistes européens utilisent flickr ou tumblr, notre visibilité sur le blog est beaucoup plus importante. Il y a quelques personnes dans le mouvement dont j’apprécie beaucoup le travail, d’autres dont je n’ai rien à faire.

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Culturizme : Tu utilises différentes techniques en fonction du médium, si c’est sur toile tu mélanges beaucoup de techniques alors que dans la rue tu n’utilises que de la peinture en bombe ou au rouleau. Quels est la raison de cette séparation des techniques ?

Augustine Kofie : Je suis quelqu’un de très organisé, quand je peins sur un mur, je peins juste comme je le sens, comme je l’ai appris, avec très peu d’outils. Alors qu’en studio, j’aime bien prendre mon temps, utiliser du papier, coller des objets… Je sépare vraiment les deux façons de travailler.

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Culturizme : Cette exposition en France, ça représente quoi pour toi ? C’est quelque chose qui te tenait à cœur ? Qu’elle est ta vision de Paris ? C’est une ville importante dans ta carrière ? Tu aimes y être ? Y travailler ?

Augustine Kofie : Je n’étais jamais venu en France auparavant, j’ai fait pas mal d’expositions solo dans le monde, Paris est la dernière en date. Exposer à Paris me mettait la pression. Je voulais vraiment que l’exposition représente bien le graffuturism, l’esprit californien, ce que je suis et les personnes qui m’ont inspiré. Pour ma première exposition, c’était vraiment cool, vraiment unique et plaisant ! Paris est une ville que j’ai beaucoup appréciée. Art est un mot français. J’ai visité l’exposition dynamo au grand palais, c’était dingue de me dire que je pouvais avoir une exposition au même moment et dans la même ville que celle-là ! J’ai eu la chance aussi que Lek et Sowat m’aient emmené découvrir leur projet dingue : le mausolée ! Je suis très fier d’avoir pu aller le voir et d’avoir pu peindre là-bas. C’était marrant d’ailleurs d’aller un jour au mausolée, où il faut passer par un trou, marcher dans de la merde et des ordures pour découvrir un projet artistique complétement dingue que personne ne peut voir et le lendemain aller au grand palais pour découvrir l’exposition dynamo et le palais de Tokyo. C’était un bon équilibre entre deux extrêmes ! Si le temps me le permet et que j’ai de nouveaux projets ici, j’espère revenir ! Dans les 4 ou 5 prochaines années, je pense accentuer mes travaux en Europe en participant de plus en plus à des collaborations, je pense du coup que je reviendrais.

 Culturizme : Tu as créé une playlist pour accompagner la visite de ton expo. A quoi celle-ci correspond ? De quoi est-elle constituée ? Ce sont des chansons que tu écoutais pendant la création des œuvres exposées ? C’est une extension de l’exposition? Un complément?

Augustine Kofie : J’ai réalisé cette playlist comme un collage, comme une de mes toiles, ce sont des parties de morceaux mis bout à bout, c’est une excuse pour moi pour faire de la musique. Ça fait des années que j’ai un soundcloud et que je fais des petits mix, mais une expo, c’est une bonne occasion pour partager mes mix avec le public, c’est un extra. C’est en grande partie la musique que j’écoute en réalisant les toiles qui constituent l’expo. Ce sont des sons dont je trouve qu’ils représentent bien la côte ouest et la Californie. Je pense que certaines personnes sont sensibles à la stimulation visuelle, d’autres à la stimulation acoustique, le mélange des deux permet peut être aux visiteurs  d’être plus proches de l’intention de l’artiste, en tout cas ça marche avec moi. C’est une manière de mieux comprendre le choix des formes ou des couleurs, c’est une stimulation additionnelle. Mais une fois l’expo terminée, les gens peuvent toujours écouter le mix et prendre du plaisir avec celui-ci.

CaliforniaSoul Soundtrack by 4x4tracktor on Mixcloud

Il vous reste deux jours pour découvrir es travaux à l’Openspace galerie.

Augustine Kofie a également profité de son séjour parisien pour réaliser une fresque en collaboration avec Hobz et Honda rue Henri Noguères dans le 19ème.

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À propos de l'auteur

Co-fondateur de Culturizme, culturellement curieux, parisien d’adoption, photographe à mes heures perdues, gamer insatiable.

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