Seventeen seconds

By nicar — avril 05, 2013

Du 6 au 18 avril l’Openspace Galerie accueille la première exposition d’Eric Lacan aka Monsieur Qui.

Une bonne occasion d’entrer dans l’univers noir et blanc de l’artiste. Des œuvres qui tournent principalement autour des femmes, à base de textures et de typographies très bien réalisées. Des messages, des formes, des symboles cachés dans les cheveux de ces dames, un univers très glamour qui masque une satire des codes actuels de la mode.

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Pour sa première exposition, celui qui a pris l’habitude de réaliser des collages dans la rue utilise une technique plus adaptée au « format galerie », une partie des œuvres est réalisée à partir de feuilles de papier découpées très minutieusement puis collées les unes sur les autres pour obtenir la forme voulue mais on trouve aussi des peintures acryliques et de la linogravure. Curieux d’en savoir plus, nous avons rencontré Monsieur Qui !

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Culturizme : quelle est l’origine de tes œuvres ? Quand as-tu commencé ?

Mr Qui : j’ai deux cursus, à l’origine je suis graphiste de formation, après quelques années d’expérience, je suis devenu concepteur éditorial puis illustrateur de mode et j’ai fait de la retouche photo. D’un autre côté, j’ai commencé le graffiti au tout début des années 90 dans le sud de la France. C’était du graffiti pur et dur à la bombe, j’ai arrêté en 2003, je ne trouvais plus mon compte dans le graffiti classique. Un ami m’a ramené des images de street art de New York en 2004. Le côté vandale du graffiti me manquait, ces photos ont été comme une révélation, j’ai pris conscience qu’il n’y avait pas que la bombe. J’ai réalisé mes premiers collages en 2006, pas très concluants. En 2007, j’ai énormément collé dans la région marseillaise. Puis j’ai emménagé à Paris en 2008 ou je me suis mis à faire des collages sans m’arrêter depuis. J’ai également recommencé à pratiquer un peu la bombe depuis 2010. De manière plus classique, en reprenant ce que je faisais sur papier en noir et blanc.

Nature human nature

Culturizme : Pourquoi venir à Paris en 2008 ? C’était professionnel ?

MrQui : J’ai eu l’opportunité d’avoir un logement, j’ai démissionné et je suis venu, je rêvais d’habiter à Paris depuis que je suis petit. Je suis né à Montreuil, j’ai grandi dans le sud mais je venais régulièrement à Paris.

Culturizme : Une fois à Paris, tu arrives à vivre de ton art ?

MrQui : Arrivé à Paris, je bossais dans l’édition mais je n’arrivais pas à travailler suffisamment dans ce milieux du coup je me suis mis à faire de la retouche photo. Mais je faisais beaucoup de collages à côté. Ensuite je suis devenu illustrateur dans la mode, j’utilisais beaucoup de références anciennes de la mode pour réaliser mes collages. Les portraits féminins que j’ai pu coller pendant une longue période viennent de là. Le graffiti est un milieu très égo trip, moi ce que je faisais le plus dans la vie c’était de l’imagerie de mode donc ça coulait de source pour moi.

Culturizme : C’est une forme de contrepied par rapport au milieu du graffiti ?

MrQui : Oui, je trouvais sympa l’idée de faire quelque chose de décalé.

Culturizme : Arrives-tu à vivre de tes œuvres à l’heure actuelle ?

MrQui : J’ai pris le risque de ne pas travailler pendant plusieurs mois. Début 2012 j’étais illustrateur, des problèmes de santé mon obligé à rester chez moi, c’est là que j’ai commencé les premiers tableaux. Puis j’ai repris le boulot mais peu de temps après j’ai décidé de me consacrer à ma première expo et me voilà à la galerie Openspace.

Hard times for the dreamers

Culturizme : C’est un pari en somme ?

MrQui : Oui, complétement, c’est un coup de poker, si ça marche ça me permettra de prendre le temps d’en créer une deuxième, sinon je retournerai dans l’illustration.

Culturizme : Dans pas mal d’œuvres que tu créés il y a souvent des messages dans les cheveux ou autres, d’où cela vient ? Les phrases sont de toi ? C’est un message ?

MrQui : Non, c’est souvent des conneries, j’ai pour habitude de noter énormément de phrases qui proviennent de différents médias. Dans un des tableaux il y a une phrase tirée des dents de la mer, dans un autre, le titre d’un article de journal de 2010 sur la marée noire en Floride. Sur l’œuvre qui a donné son nom à l’expo c’est toutes les paroles de la chanson de the Cure Seventeen seconds qui sont disséminées dans le dessin. Je note toutes ces choses pour les décontextualiser ce qui les rend soit absurdes soit vulgaires ou en change juste la teneur. Je suis énormément l’actualité par gout personnel, j’ai toujours noté beaucoup de choses, j’aime l’impact des phrases ou leur absurdité. Rajouter ces phrases dans mes portraits de femmes me permet d’assurer ce que je veux faire. Je ne suis jamais sûr que mon dessin va fonctionner. J’ai toujours peur que les gens pensent que je mets des portraits de femme pour décorer la rue, alors que j’ai toujours cherché à être dans le décalage ou le double message. J’ai un côté esthétique, mais je fais surtout ça parce que ça m’amuse, je ne suis pas décorateur.

Culturizme : Il y a un côté provoque dans ce que tu fais ?

MrQui : Je ne suis pas dans la provoque, c’est de l’amusement. Quand j’ai commencé les collages, ça me rappelai le graffiti, je n’imaginais pas du tout être exposé un jour dans une galerie ou autre, je faisais ça parce que ça me faisait marrer. Je ne disais même pas à mes proches que j’en faisais pour voir s’ils comprendraient le message. Personne n’a compris !

Culturizme : La linogravure et le papier découpé c’est arrivé comment dans ta palette de compétences?

MrQui : C’est un hasard, c’est comme les phrases que je note. J’ai croisé la linogravure ou le papier découpé dans des expos ou dans des livres, ce sont des envies qui me sont restées dans la tête, je n’avais jamais eu le temps d’en faire auparavant. Cette fois j’ai pris le temps d’essayer toutes ces envies, de les mélanger. J’essaye de générer des ambiances, j’utilise la technique la plus appropriée pour m’approcher du résultat que j’ai en tête.

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Culturizme : La galerie c’est un moyen pour toi de donner une longévité plus importante à ce que tu fais ? C’est un de tes désirs ? A l’inverse des collages dans la rue qui sont très éphémères ?

MrQui : Ce n’était pas mon intention première. A la base j’utilisais les collages comme un défouloir. Ce n’est pas très long, tu mets une heure ou deux à préparer ton collage, c’est immédiat, il reste une semaine ou six mois, ce n’est pas grave. Ça fait des années que je voulais prendre le temps de faire quelque chose de plus sophistiqué. Cette fois je me suis vraiment accordé du temps pour faire ces œuvres et ça induit le fait qu’elles vont elles-mêmes durer mais ce n’était pas mon idée première.

Culturizme : Il y a aussi de la peinture plus traditionnelle dans l’exposition non ?

MrQui : Oui, par exemple les corbeaux c’est de la peinture acryliques, j’utilise beaucoup de techniques très basiques. Je n’ai pas vraiment les codes du street art en fait, je suis comme un vieux peintre avec d’autres références. J’utilise des pinceaux… La prochaine fois, je pourrais faire de la broderie si ça me dit, je cherche avant tout le meilleur outil pour atteindre le résultat que je souhaite.

On remercie beaucoup Monsieur Qui, on lui souhaite une bonne continuation et on vous recommande de vous presser au vernissage de sa première exposition demain à 16h !

Une vingtaine de pièces seront exposées à la galerie Openspace.

Vous pouvez en apprendre plus sur Monsieur Qui sur son site.

Informations pratiques :

La galerie est ouverte du mardi au samedi de 14h00 à 20h00 et sur rendez-vous

Galerie Openspace
56, rue Alexandre Dumas
75011 Paris
Métro : Alexandre Dumas (L2) – Rue des Boulets (L9)

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À propos de l'auteur

Co-fondateur de Culturizme, culturellement curieux, parisien d’adoption, photographe à mes heures perdues, gamer insatiable.

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