Lettre à Vincent C.

By k — mars 06, 2013

Cher Vincent,

J’ai revu Dobermann il y a peu et j’ai été prise d’une soudaine envie de t’écrire. Est-il possible que nous nous rencontrions autour d’un café prochainement ? Nous pourrions par exemple nous retrouver au Piston Pelican pour déguster dans une ambiance tamisée, quelques liqueurs fluorescentes, et discourir sur ton jeu, tes choix et ton opinion sur le cinéma français, à l’aube d’un renouveau américain. Du 96 boulevard de Ménilmontant au 15 rue de Bagnolet, il y a peu et je suis convaincue que nous nous entendrions sur de nombreux points : l’avant garde des Pays-Bas, les effets de style inversés, le flou, la dé contextualisation, le sex-appeal des roux, la passion des chaussures italiennes, le potentiel sensible des bas-fond, l’attrait pour le Grand Nord et l’utilisation du masque au cinéma comme à la maison.

J’avoue avoir été particulièrement séduite par le regard franc, froid, paradoxalement enivrant de Yann. Ta façon de parler avec tes mains et tes yeux plutôt qu’avec ta bouche qui, par ailleurs, s’égare avec passion sur les lèvres de ta sulfureuse moitié muette. La poudre d’escampette (et parfois d’allumette) dans un costume de cuir noir le tout dans un road movie gypsy gangsta à la franco-hollandaise, voilà qui suffit à attiser mon désir et mon imagination. Je me laisserais bien aller au langage des signes le temps d’une nuit, le moment d’une étreinte virile ou tu glisserais ta langue dans le creux de mes reins recourbés. Vas y viens, y à un terrain vague en face de chez moi, je peux même nous trouver une roulotte si ça t’inspire plus. In ?

Said baise la police. Noir sur bleu.

Le canal de l’Ourcq en 96, noir lui aussi, à des allures de foutre puant là ou il s’embourgeoise aujourd’hui d’une manière indécente.
C’était diabolique dans les 90’s ; on y va maintenant parce que « c’est cool tu vois ». Il fait bon vivre dans le lointain nord est parisien. Que penses tu de cet attrait démesuré pour l’espace « underground » ? Ce collectivisme grouillant n’entache t’il pas ce passé, sale et humide où les seules paillettes qu’on trouvait étaient celles des transsexuelles énamouresement drogués ? Sonia. Quelle femme.

Je me suis rendue sur les quais l’autre jour, histoire de voir si la boîte où tu sirotes ton gin sur Schyzomaniac pendant que Romain (putain c’est le meilleur rôle de sa carrière) se branle devant une minette aux grandes jambes, avant d’aller se torcher avec les cahiers du cinéma, était toujours d’actu (j’aime à penser qu’elle l’a été un jour). Bing Banco Bang, c’est un squat « d’artistes ». Mais d’artistes qui révolutionnent le monde parce qu’ils n’adhèrent pas au mécanisme mercantile des galeries de prestige type Ropac qui siège fièrement trois rue plus loin en descendant. Ben oui, révolutionner le monde d’accord mais avec un peu de bon sens dit. De vrais artistes tu vois. D’artistes qui font de l’Art et pas d’argent. C’est chiant hein ? Ouai je suis d’accord.

J’imagine que tu es fort pris notamment par la promotion de ta dernière collaboration avec Danny Boyle ; je ne puis donc que te faire part, à travers ce clavier impersonnel de mon réel désir de te croiser le temps d’une entrevue, aussi brève soit elle. Afin de ne pas te manquer, je ne serai sur la petite place ce soir que si tu m’y convies toi même. Refusons quelques tragédies non nécessaires à notre futur fusionnel.

Embrasse Monica pour moi.

Amicalement tienne,

K


 

 

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