Chagall, entre guerre et paix au Musée du Luxembourg

By Clémence Mayolle — février 22, 2013

Chagall est de ces artistes que l’on croit connaître, on l’a rencontré dans nos livres d’Histoire, à la cathédrale de Reims, pour laquelle il a composé des vitraux ou à l’Opéra Garnier. Nos imaginaires visualisent ses fresques sur le cirque, ses peintures gaies, fantasques, oniriques et poétiques. Tout comme chacune de ses œuvres, sa peinture est protéiforme. Elle suggère et offre de multiples couches d’observation puis d’interprétation pour guider le spectateur vers une infinité de mondes.

Le Musée du Luxembourg accueille du 21 février au 21 juillet une exposition thématique consacrée à l’artiste né en 1887 en Russie. Dans un 20 ème siècle qui voit émerger le cubisme, le fauvisme ou l’abstraction, il dénote par son travail narratif. Chacune de ses toiles raconte une histoire. Plus qu’anecdotes, ce sont des chemins vers l’imaginaire que nous suggère le peintre. Entre Guerre et Paix, nous propose le ML : un Chagall mystique, impliqué, exilé. Un Chagall inconnu.

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D’abord avec Les amoureux en vert, double autoportrait à l’huile peint en 1916 et 1917. Deuxième tableau de l’exposition, il absorbe par la profondeur de ses couleurs. D’un point de vue formel, on reconnaît l’influence de la Ruche parisienne, des Juan Gris, Metzinger et Gleizes. Chagall est à Paris, il fréquente les cubistes, s’en inspire sans jamais intégrer leurs concepts picturaux : pas de facettes, pas de perspective retravaillée chez Chagall. Une peinture si personnelle qu’elle interpelle. Surtout, on découvre chez ces amoureux une histoire, un conte, le récit de l’amour d’une vie, Bella sa femme. Chagall dans son autobiographie dira d’elle « c’est comme si elle me connaissait depuis longtemps, comme si elle savait tout de mon enfance, de mon présent, de mon avenir, comme si elle veillait sur moi ». Toute sa vie, il peint cette muse, en Russie, aux Etats-Unis ou à Paris, Bella est toujours chez Chagall, elle plane, robe blanche, lune, poisson ou oiseau, elle est là, récurrente, systématique et multiple. C’est un Chagall admiratif et amoureux que la guerre ou l’exil n’abîme pas, c’est une peinture ode à l’amour que l’on rencontre.

Alors que Chagall dit de lui « ne m’appelez pas fantasque, au contraire, je suis réaliste, j’aime la terre », il reste un peintre totalement mystique. Son bestiaire, ânes, coqs, poissons, chèvres, revient sans cesse, il attribue à chacune de ses figures un sens qui évolue au fil de ses compositions. En 1947, il peint La Résurrection au bord du fleuve, Bella vient de mourir, la guerre de s’achever, Chagall jeune père, homme endeuillé est plus que jamais multiple. Il découpe sa composition en deux parties diagonales, fait apparaître le village de son enfance, Bella, son jeune enfant, sa nouvelle femme et surtout le Christ. L’histoire de l’art doit s’étonner de la présence de ce prophète crucifié. Jésus flotte, il survole le monde, à plat, le ventre rond, visage interloqué. Peut-être observe-t-il le chaos du monde. Peinture vive, forte, La Résurrection au bord du fleuve soulève curiosité et questionnement. Elle confronte un peintre souffrant et espérant à la fois. Un homme entre guerre et paix.

Enfin, parce que Paris est un des thèmes traités par Chagall toute sa vie, le Musée du Luxembourg se devait de doter son exposition d’une peinture de la ville lumière. Chagall rentre en France en 1949. Influencé cette fois par Delaunay il nous offre un Paris bleu vif, vert, rouge. Coloré, idéalisé, révé. Paris, Montmartre, la tour Eiffel abritent Vitebsk, sa ville russe, et Bella. Paris apparaît ici comme le havre de sa paix, l’accueil de ses danses, amours et créations.

Belle exposition que nous présente là le Musée du Luxembourg, le parti pris est clair, bien mené, la problématique avancée nous transporte vers un Chagall inconnu pour nous montrer une autre facette d’un artiste souvent croisé. Seule ombre au tableau, toujours là même en ce lieu, la taille des salles de l’exposition, petites elle permettent certes une intimité avec les oeuvres mais bride le point de vue en empêchant le spectateur de prendre du recul. Quel bonheur ceci dit de voir cette peinture, franche et poétique. En fait, on y retournera, peut être deux ou trois fois. L’œuvre de Chagall se lit en plusieurs fois tant elle est vaste, tant les chemin vers le rêve sont nombreux.

Culturiz me vous recommande vivement de vous plonger entre Guerre et Paix à la rencontre d’un peintre géant du XXème siècle.

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Musée du Luxembourg
19 rue de Vaugirard
75006 Paris

 


 

 

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