Parcours d’art contemporain #01

By Clémence Mayolle — février 17, 2013

Quelle drôle d’idée que de faire découvrir ces lieux blancs, vides et froids que sont les galeries d’art contemporain.

Pourtant, sous leur apparente hostilité, on y trouve trésors de création, d’invention et de beauté.Un après midi de libre ? L’occasion immanquable d’une promenade guidée vers quatre lieux d’un itinéraire à partager.

Ligne 8, Saint Sébastien Froissard, même sortie que pour le musée Picasso, quelques pas. Que la promenade commence !

En descendant la rue Saint Claude, ne manquez pas de vous attarder sur la vitrine du numéro 8. Alain Maître Barbier. Cette boutique est fascinante, elle semble ne pas avoir changé depuis un demi-siècle. Elle assume sa place et réjouit les galeristes à coups de blaireau. Quelques mètres plus loin, l’impasse Saint-Claude. Parmi les cul-de-sac les plus influents de la capitale.

Au n°10, le second espace de la galerie Perrotin. Lors de votre premier passage, ne vous laissez pas impressionner par les volumes de ce temple de l’art contemporain mais, poussez la porte et pénétrez. La galerie Perrotin a la taille d’un petit musée et les ambitions d’une fondation. Elle regroupe en son écurie parmi les artistes les plus en vue de la création actuelle. En haut, sur la liste de mes préférés, Wim Delvoye, Hernan Bas, Maurizio Cattelan ou cette chère Sophie Calle.

Une fois l’expo achevée, ne manquez pas de vous pencher sur la vitrine à droite de la porte d’entrée, elle regroupe les livres consacrés à l’artiste exposé : petit avant-goût de la librairie de la galerie. En sortant de l’espace Saint-Claude, levez les yeux, les palmiers du jardin et la vue sur le bureau du maître des lieux vous rappelleront le faste bling-bling qui règne ici.

Montez les escaliers et observez ces ascenseurs de Cattelan, le ton est donné, l’espace principal de la galerie est teinté de grandiloquence.

Ressortez par l’entrée principale de la galerie, vers la rue de Turenne et surtout n’oubliez pas de passer saluer Michaël, charmant et passionné libraire, il saura vous conseiller.

Pour la petite histoire, en haut de l’escalier de la librairie, au second étage et sur une bonne centaine de mètres carrés, les appartements privés du roi Emmanuel Perrotin : oeuvres, matériaux nobles, bois précieux. La densité de luxe dans ce modeste logement de fonction y est plus qu’impressionnante. L’expérience de cette galerie est toujours marquante, Perrotin ne fait pas dans le subtil et le délicat, il en met toujours plein la vue, les deux nymphes soutenant les réverbères de la cour de l’hôtel particulier sont sans doute ce qu’il y a de plus raffiné en ces lieux.

En sortant, prenez la rue de Turenne, vers la gauche, tournez à droite rue de Belleyme. Au 7 la superbe galerie de l’autrichien Thaddaeus Ropac. Les locaux de Paris sont sublimes, les matériaux choisis avec soin. La verrière du rez-de-chaussée impressionnante, l’éclairage zénithal qu’elle offre, couplé aux volumes d’exposition qu’elle permet rend la balade encore plus forte. En ce moment deux superbes expositions: deux expositions qui rendent plus que valable ce parcours.

La première, consacrée à David Salle et Picabia. J’ai été abasourdie par la beauté du duo. Quel bonheur de voir une exposition de cette qualité. Courrez-y!

Il est rare de croiser les oeuvres de Picabia regroupées si finement et c’est toujours un plaisir de les retrouver. Je pense à cette Madone, les lèvres ourlées de la ligne de l’artiste, les étoiles vertes peintes de la main du maître, j’ai été ailleurs quelques instants. Picabia m’avait manqué. Puis Age of Anxiety de Salle, une grande oeuvre divisée en deux parties, un panneau de métal sérigraphié avec collée, une assiette de céramique. Dessous, une jeune femme peinte de noirs et de blancs, dévétue, contorsionnée, elle subit un poids. Le poids de Camus me suggèrent les lettres capitales, le poids de Spoerri, me suggère l’assiette de céramique. Le poids de l’histoire de l’art en conclue-je.

N’hésitez pas à monter à l’étage supérieur mais surtout à vous rendre au sous-sol. Vous apercevrez les bureaux de l’équipe et imaginez les conversations collectionneur-galeriste qu’ils ont pu entendre. Une partie de l’histoire de l’art s’est jouée entre leurs murs !

Surtout, vous verrez ce jours-ci deux toiles monumentales du polonais Sigmund Polke. Je suis restée un bon quart d’heure devant ces oeuvres, j’ai d’ailleurs eu le bonheur d’entendre les conversations collectionneur-galeriste, mais surtout de surprendre quelques exclamations enchantées des autres visiteurs découvrant les deux toiles. Elles sont exceptionnelles, indescriptibles, elles permettent l’échappée, leur rencontre est un moment rare que l’on apprécie sans commune valeur. Allez-y en silence, restez-y longtemps et n’hésitez pas à vous abreuver de cette beauté, elle est rare, sublime, subtile et bienfaisante.

Continuez votre chemin en direction de la galerie Yvon Lambert. Après un méthodique lèche vitrines arrêtez vous au n°108 de la rue Vieille-du-Temple. Sonnez. Entrez. Cette galerie est historique, sa façade à elle seule vaut le détour, la marquise vous accueillera royalement. Les choix artistiques de Monsieur Lambert sont précis, savants. Originaire de Vence il possède également la fondation éponyme d’Avignon, à ne pas louper cet été. Là encore, vous le constaterez, la verrière est à couper le soufle, elle permet souvent l’installation de sculptures monumentales qui susciteront chez vous une certaine admiration pour les régisseurs du staff.

En ce moment un group show qui n’a pas vraiment retenu mon attention, je suis souvent perdue lors de ces rassemblements d’oeuvres et parviens difficilement à comprendre le dialogue qu’elle sont censées construire. J’ai cependant apprécié 6 years de Jonathan Monk. Son film montre un livre feuilleté et filmé en super 8, projeté si rapidement qu’on ne peut le lire. Métaphore de notre incapacité à ingérer la bibliographie mondiale, cette oeuvre m’a confrontée à un problème majeur de notre condition de mortel: même à grande vitesse, nous ne lirons rien, ou presque.

En sortant, halte à la librairie, peut-être l’une des meilleures consacrées à l’art contemporain.

Enfin, vous avez parcouru trois des galeries les plus célébres et importantes de la place parisienne. Leurs choix artistiques ne sont pas forcément les meilleurs mais, ils sont les plus influents.

Terminez ce premier périple par une petite gourmandise et filez vers le marché des enfants rouges situé rue de Bretagne. Il s’y trouve un traiteur italien tant bavard que sympathique. On y cuisine un extraordinaire gâteau au chocolat, à commander avec un expresso. Délicieux. Amateurs de culture cht’i, ce marché abrite un fantastique estaminet !

J’espère que ces quelques adresses vous ont transporté dans un autre Paris, je vous propose de nous retrouver très bientôt pour un autre récit-promenade à la rencontre de ces fascinantes galeries.

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