Dans mon boulot des fois on fait des castings de cailloux moi je préfererais être payée à manger des batonnets de carottes sinon mon voisin est un con.

By La Comtesse — février 10, 2013

Je fais un boulot de parisienne ce qui veut dire non seulement que mon activité professionnelle est basée dans cette ville mais surtout ca signifie que quand j’en parle à des gens qui ne vivent pas à Paris, ou ils me prennent pour une snob, ou ils me proposent du tzatziki pour tremper mon bâtonnet de carotte ce qui est un astucieux moyen de recentrer la conversation sur un sujet plus gastronomique et ô combien moins chiant.

Mais bon comme j’adore les carottes bien qu’il ne faut pas que j’en abuse rapport à mes tâches de rousseur (ça me donne le teint orange un peu et j’ai une certaine aversion pour cette couleur depuis que l’équipe néerlandaise a affronté la roja española en demie final de l’eurocopa). Jusque là Ernest mon voisin d’apéro et moi on est encore dans le registre de la franche camaraderie.

D’ailleurs j’ai bien réfléchi à la question et le seul orange que je tolère est le néon corail d’american apparel, voilà-c’est-dit-allez-y-traitez-moi-de-superficielle.

“Je bosse dans la prod’”

Mon dieu je me fais froid dans le dos à m’entendre dire des trucs comme ça en vacances. Dans ma tête ça me fait comme quand j’ai tellement froid que j’ai la flemme de vivre.

Alors que dans la vraie vie à Paris, je le dis comme si je posais une lourde punchline.

Mais la réalité est triste comme le granit des Cévennes, et je sais de quoi je parle, je n’ai pourtant jamais eu de passion géologique – j’ai toujours considéré qu’un psychopathe sommeille en chaque collectionneur, spéléologue et géologue- mais je bosse dans la prod.

Et des fois dans la prod on fait des castings de pierres.

Ouais ça m’a fait pareil quand j’ai reçu le mail j’ai pas compris.

C’est comme les blagues carambars c’est tellement absurde et tiré par les cheveux que des fois tu ne les comprends pas alors qu’un enfant de 5 ans les comprend lui. Ce p’tit con.

Ben en fait le casting de pierres, c’est faire passer un casting à un cailloux pour voir quels cailloux on voudrait.

Et je me sens comme ça:

visuel

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Voilà voilà je ne prendrai plus jamais un ton acerbe pour parler des gens de la SNCF dont je dis qu’ils sont payés sans aucune vraie compétence sinon celle de composer des mélodies qui vous restent dans la tête toute la vie:

Alors bon après des journées à faire valider tel ou tel brief de casting de pierres des fois je suis ivre rapidement et volontairement à grands renforts de vodka et j’oublie mon sac avec mes clefs dans le taxi, je cours après le taxi et il ne s’arrête pas et j’ai envie de pleurer sur l’asphalte mais comme il fait froid et que j’ai la parano éthylique  – l’impression que des gens m’observent à 5h30 du matin dans une obscure rue du 18eme – je préfère vociférer ma hargne&haine de l’oubli con qui va te pourrir la vie pendant des jours à refaire tout tes papiers et tes clefs et le bip sécurisé que la concierge “ah ben non c’est sécurisé je ne peux pas vous en donner d’autre”

Je me traine jusqu’à chez moi comme Jésus a porté sa croix, la chaleur en moins parce que Paris en février c’est pas Jérusalem.

Je tape le 1er code que j’ai gardé dans mon téléphone, finaude que je suis puis le deuxième, puis le troisième et puis j’arrive devant la porte-au-bip-sécurisé.

Je sonne avec un peu de chance mon coloc qui s’endort systématiquement avec un casque sur les oreilles pour écouter du hip hop tellement fort que je l’entends quand même depuis l’autre bout de l’appartement se réveillera.

Sinon j’aimerai qu’il y ait des loups dans cette partie du 18eme pour abréger mes souffrances.

Je sonne chez les voisins aussi.

“C’est qui?”

“Oui excusez moi j’ai oublié mes clefs et je suis votre voisine de palier.”

“C’est quoi votre nom?”

“Anne Bergès”

“Connais pas”

Il me faut au moins 10 sec pour réaliser que le mec est reparti se coucher.

Tant pis je vais mourir de froid et dire que j’avais laissé la moitié de mes carottes, et puis je trouve que Tom Hanks dans seul au monde il avait quand même bien de la chance d’avoir son pote Wilson.

De la lumière, il y a quelqu’un. Le voisin qui est descendu du 4eme en pyjama, il se met à la vitre m’observe , je prends l’air désolée et sobre, je ne suis pas convaincue que ça soit très probant.

Il me dit de sa voix étouffée par la porte vitrée qui nous sépare: “non je ne vous connais pas non” et il tourne les talons.

A ce moment j’ai de la haine de l’humanité dans mon petit coeur et je me dit qu’il faut arrêter d’aimer son prochain ce qui remettrait en cause tout le fondement de mon éducation catholique, c’est très perturbant ce genre de pensée pour mon équilibre psychique et mental.

Plus que jamais je voudrais un ami ballon de volley qui s’appelerait Wilson.

Et puis, ô miracle, le seigneur a entendu mon appel mon coloc m’ouvre la porte, je ne vais faire qu’une bouchée du petit d’homme mais je vais la mastiquer longtemps.

S’ensuit tout un échange d’invective entre le petit d’homme vicieux qu’est mon voisin et la prune imbibée d’alcool que je suis.

J’ai gagné je prends l’ascenseur il prend les escaliers je me couche en me disant que finalement le granite calcaire et dolomites des Cévennes ont un gros potentiel sympathie à coté de mon voisin, lundi promis je ne râlerai pas j’exercerai mon métier avec passion.

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  • Deminiere Martin

    C’est vraiment triste mais c’est bien.
    Un peu inquiet pour la vodka. Parole de toubib


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